MALADIE

PARKINSON & PESTICIDES

LA DEPECHE

Le combat d’un Toulousain, victime des pesticides

Serge Bordes, confronté à la maladie et à une procédure qui s'éternise./ Photo DDM/P.C.
Serge Bordes, confronté à la maladie et à une procédure qui s’éternise.

Alors que la proposition de loi concernant la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes des pesticides est toujours en discussion, la vie des malades reste un parcours du combattant, témoigne le Toulousain Serge Bordes.

Parkinson. Pour Serge Bordes, le verdict est tombé en juillet 2007. Salarié d’une entreprise albigeoise, il a été licencié trois ans plus tard pour «inaptitude», sans possibilité de reclassement. Fabrication et vente de xylophène et lasures, produits de protection et de décoration du bois, de peinture, de vernis : «J’étais en contact direct avec des insecticides et j’ai mélangé beaucoup de produits chimiques avec du xylène, des solvants, des bactéricides, des biocides…» résume cet ancien technico-commercial qui participait régulièrement au contrôle des opérations de traitement dans les bacs comme à leur nettoyage.

Lien de cause à effet entre ces pesticides et sa maladie ? Pour lui comme pour sa femme et ceux qui le suivent, il n’y a aucun doute. Dès avril 2011, il soutient donc le lancement à Ruffec de l’association Phyto-Victimes (voir encadré).

 Depuis ? En avril 2013, la pathologie de Serge Bordes a bien été prise en charge par la Caisse primaire d’assurance maladie de Haute-Garonne en tant que «maladie professionnelle» avec un taux d’invalidité à 60 %. «Une première victoire». Le mois suivant, il a alors saisi la Caisse pour faire reconnaître la «faute inexcusable» de l’employeur puis, en juillet, il y a cinq ans, le Tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Haute-Garonne.
 
L’entreprise conteste

Mais en 2012, son ex-entreprise a été vendue au géant américain PPG, plus de 12,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017. «Parallèlement à la procédure de M. Bordes, l’employeur a saisi le TASS de Nanterre (Hauts-de-Seine) et demande la reconnaissance de l’inopposabilité de la décision de prise en charge du côté professionnel de la maladie», résume au téléphone Me François Lafforgue, avocat de Serge Bordes.

En clair ? L’entreprise – qui conteste l’origine professionnelle de la maladie et donc toute responsabilité dans ce dossier – demande à la justice, par la voix d’un grand cabinet international d’avocats d’affaires (1), de dire qu’elle n’est pour rien dans le syndrome parkinsonien de son ancien employé, notamment parce que «la victime ne fait pas la preuve de la faute inexcusable alléguée», pointant, entre autres qu’«en l’état des connaissances scientifiques de l’époque, aucun risque n’avait été identifié»… l’enjeu final étant de savoir qui va payer le préjudice subi.

Le dossier s’enlise

Et, «chose rarissime», souligne l’avocat, le TASS de Toulouse a, lui, décidé en 2016… d’attendre la décision du TASS de Nanterre pour statuer. Pendant ce temps ? La maladie, elle, n’attend pas. «J’ai le sentiment de vivre au ralenti un quotidien désorganisé», résume Serge Bordes.

Près de lui, son épouse Béatrice tient à jour le dossier et se bat, désormais relais de Phyto-Victimes en Occitanie. «J’ai aussi dû arrêter mon métier d’assistante maternelle pour m’occuper de Serge», explique-t-elle, listant les lourds effets secondaires des médicaments sur son mari, qui ont aussi déstabilisé leur vie. Mais pas question de céder. Leur avocat a donc relancé le TASS de Toulouse pour son retard à statuer sur une affaire datant maintenant de cinq ans… Aujourd’hui ?

«Nous avons été très contents de la victoire historique de Dewayne Johnson contre Monsento, aux états-Unis cet été, et cette condamnation du géant à lui payer 290 M$. Elle porte l’espoir de dizaines, de centaines, de milliers de victimes qui attendent comme nous d’être enfin entendues», confie le couple. Mais ce symbole n’a rien changé à son marathon judiciaire.

Nanterre n’ayant toujours pas statué, les deux convocations successives qu’ils avaient devant le TASS de Toulouse – la dernière en ce mois novembre qui voyait discutée le 28 La proposition de loi concernant la création d’un fonds d’indemnisation pour les victimes des pesticides – ont été annulées à la demande de la partie adverse. Et Béatrice s’inquiète d’un nouveau risque de retard dont elle vient d’être informée : «au 1er janvier 2019, les affaires du TASS seront transférées au pôle social du Tribunal de grande instance de Toulouse où nous serons ultérieurement convoqués», prévient cette lettre officielle. Quand ? Toute la question pour Serge qui ne voit qu’une chose avancer : sa maladie.

(1) Contacté, ce cabinet n’a pas été en mesure de nous diriger vers l’avocat en charge du dossier.


Appel aux dons

Fondée en 2011 par Paul François, cet agriculteur charentais ayant frôlé la mort après une grave intoxication provoquée par un herbicide et qui était alors le premier à oser s’attaquer à Monsanto, Phyto-victimes est une association nationale qui regroupe des personnes dont la santé a été affectée par les pesticides.

Agriculteurs, mais aussi menuisiers, techniciens de laboratoire, agents des routes : l’association compte aujourd’hui 320 membres et a recensé 370 dossiers depuis 2011. Eux-mêmes confrontés à un véritable parcours du combattant en justice, les Toulousains Serge et Béatrice Bordes représentent désormais officiellement cette structure pour la région Occitanie.

Contact : 06 12 48 42 72.

Mardi dernier, l’association a également lancé lors du premier Giving Tuesday en France une campagne nationale d’appel aux dons sur son site

http ://bit.ly/phytovictimes

Slice of Life |
Mutuelle - Assurance - Comp... |
Détente du corps et de l'es... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | remg276
| Lithothérapie - Les Bienfai...
| fibromyalgie - la minorite ...